« Je songe qu’il y a certainement Quelqu’un de très-pauvre, de très-méconnu et de très-grand, qui souffre de la même manière, en ce moment, et qu’il faut avoir peur de Le méconnaître, quand on Le rencontrera. »
Léon Bloy (Journal, 25 janvier 1894).
Autant les paraboles de miséricorde pouvaient nous faire plaisir et nous rassurer, autant celle du riche et de Lazare a de quoi faire peur. Jésus nous rappelle simplement que, contrairement à la chanson, nous n’irons pas tous au paradis. Nous serons jugés sur l’amour que nous aurons eu pour les plus pauvres (cf. Mt 25).
Un lieu commun voudrait que la peur soit mauvaise conseillère. C’est possible. La peur de l’enfer, très présente dans les esprits à certaines époques, a pu entraîner des comportements religieux douteux. Mais son absence totale aujourd’hui nous est aussi néfaste. Elle provoque un engourdissement des consciences. A quoi bon chercher à aimer et servir mon prochain, si je m’imagine d’avance que je serai sauvé sans aucun effort ?
Bien sûr, nous devrions être mus seulement par la charité. C’est elle qui devrait nous pousser à chercher le bien de nos frères. Peut-être un jour y parviendrons-nous, lorsque nous serons plus avancés dans la sainteté. En attendant, la peur peut être un bon stimulant pour nous décentrer de nous-mêmes et nous aider à prendre un peu plus au sérieux dans notre vie les paroles du Seigneur.
Oui, comme Léon Bloy, écrivain catholique pauvre, mis à l’honneur par le Pape François, ayons donc un peu plus peur de méconnaître Dieu lorsque nous le rencontrons dans ses pauvres, car nous pouvons être certains que cela ne restera pas sans conséquence.